Le marteau des sorcièrEs

Les femmes peuvent remercier les religions et en Europe, elles peuvent rendre « grâce » aux  auteurs d’un « best seller « , le Malleus Maleficarum (34 rééditions entre 1487 et 1669) , à l’origine d’un génocide-féminicide.

Remercions le pape Grégoire IX et ses sadiques bras armés, les Dominicains, les inquisiteurs de la foi. En 1231, afin de lutter contre l’hérésie, le pape Grégoire publie l  «Excommunicamus » qui instaure l’Inquisition.

La guerre contre les femmes ne fait que commencer.

De nouveaux moyens de répression

Les moyens traditionnels de répression, la procédure par accusation ou par dénonciation convenaient peu à la lutte contre l’hérésie. Ignorée du droit romain, la procédure inquisitoire permit de poursuivre d’office toute personne vaguement soupçonnée, ce qui rendait possible une répression rapide et efficace. Celui qui était interrogé devait jurer de dire la vérité sur son propre compte et sur celui des autres. Innocent III définit la nouvelle procédure dans la décrétale Licet Heli de 1213, complétée par la décrétale Per tuas litteras.

Les nombreuses mesures qui frappaient les hérétiques avaient trouvé leur couronnement dans la décrétale Vergentes in senium publiée par Innocent III en 1199. En 1215, le Concile du Latran reprit toutes les dispositions antérieures. Les autorités civiles ne restèrent pas inactives : l’empereur Frédéric II en 1220 et 1224, le roi de France Louis VIII en 1226, la régente Blanche de Castille en 1229, le comte de Toulouse lui-même (1229) publièrent des ordonnances contre les hérétiques. Il restait à régulariser la répression. Grégoire IX lui donna une forme précise par la constitution Excommunicamus (févr. 1231).

La prison perpétuelle devenait la pénitence salutaire infligée à l’hérétique repentant ; l’hérétique obstiné devait recevoir le châtiment qu’il méritait (animadversio debita) avec l’abandon au juge séculier et la peine de mort par le feu. Ceux qui étaient en rapport avec les différentes sectes étaient frappés d’excommunication. Pour appliquer sa constitution dans l’Empire, Grégoire IX, dès le 11 octobre 1231, désigna Conrad de Marbourg, prêtre séculier, qui, choisissant librement ses collaborateurs, pouvait user de l’excommunication et de l’interdit, faire appel au bras séculier ; il jouissait de pouvoirs à peu près illimités.  Pratique!

 

La machine inquisitoriale s’emballe à la fin du XVème avec la publication d’une bulle papale et d’un livre…14970962

En 1484, le pape Innocent VIII rédige la bulle Summis desiderantes affectibus qui charge
l’Inquisition de lutter contre la sorcellerie et l’hérésie et autorise celle-ci à procéder à
l’arrestation, la punition et le châtiment des personnes coupables de diableries.

Le Malleus Maleficarum

En 1486, à la suite de cette bulle, deux dominicains allemands, l’inquisiteur pontifical Heinrich Kramer et le prieur Jacob Sprenger publient un traité qui enflamme encore les imaginations : le Malleus Maleficarum (Marteau des Sorcières en français).

La première partie du livre traite de la nature de la sorcellerie. Une bonne partie de cette section affirme que les femmes, à cause de leur faiblesse et de l’infériorité de leur intelligence, seraient par nature prédisposées à céder aux tentations de Satan. Le titre même du livre présente le mot maleficarum (avec la voyelle de la terminaison au féminin) et les auteurs déclarent (de façon erronée) que le mot femina (femme) dérive de fe + minus (foi mineure)3 .

Le manuel soutient que certains des actes confessés par les sorcières, comme le fait de se transformer en animaux ou en monstres, ne sont qu’illusions suscitées par le Diable, tandis que d’autres actions comme celles consistant à voler au sabbat, provoquer des tempêtes ou détruire les récoltes sont réellement possibles. Les auteurs insistent en outre de façon morbide sur l’aspect licencieux des rapports sexuels que les sorcières auraient avec les démons4.

La seconde partie explique comment procéder à la capture, instruire le procès, organiser la détention et l’élimination des sorcières. Cette partie traite aussi de la confiance qu’on peut accorder ou non aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance ; les auteurs affirment toutefois que les indiscrétions et la rumeur publique sont suffisantes pour conduire une personne devant les tribunaux et qu’une défense trop véhémente d’un avocat prouve que celui-ci est ensorcelé. Le manuel donne des indications sur la manière d’éviter aux autorités d’être sujettes à la sorcellerie et rassurent le lecteur sur le fait que les juges, en tant que représentants de Dieu, sont immunisés contre le pouvoir des sorcières. Une grande partie est consacrée à l’illustration des signes5, dont la glossolalie, la voyance et la psychokinèse et les « marques du diable » (pattes de crapaud au blanc de l’œil, taches sur la peau, zones insensibles, maigreur, …). Elle est consacrée aussi aux techniques d’extorsion des confessions, des preuves (notamment la pesée et l’ordalie par l’eau glacée) et à la pratique de la torture durant les interrogatoires : Il est en particulier recommandé d’utiliser le fer rougi au feu pour le rasage du corps en son entier des accusées, afin de trouver la fameuse « marque du Diable », qui prouverait leur supposée culpabilité.

 

 

Inspiré du Practica Inquisitionis de Bernard Gui (1330), du Directorium Inquisitorium de
Nicholas Eymerich (1376) et du Formicarius de Johannes Nider (1435), le
Malleus est un ouvrage fondamental dans l’histoire de l’Occident chrétien : véritable manuel théorique et pratique de chasse aux sorcières à l’usage des inquisiteurs et des magistrats, il va être adopté par les catholiques puis les protestants.
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L’ouvrage va devenir une référence et servir de socle aux persécutions des prétendues sorcières qui vont entraîner des dizaines de milliers d’arrestations, de procès et de morts dans toute l’Europe entre le XVème et le XVIIème siècle.

 

Un féminicide exclusivement chrétien

Au delà de son funeste succès, l’ouvrage se distingue des autres manuels de démonologie et de lutte contre la sorcellerie par la violence qu’il affiche à l’encontre des femmes qu’il accuse de toutes les faiblesses et de tous les maux. Sprenger écrit ainsi : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers. Ceux-ci sont peu de choses. »

D’une misogynie extrême, le traité assimile clairement la femme au satanisme. Il est impossible de donner un chiffre précis du nombre de victimes, mais on estime aujourd’hui qu’il y aurait eu au moins 100 000 procès et 50 000 exécutions dont 80% de femmes qui furent torturées, brûlées ou décapitées.

Le plus beau féminicide de tous les temps est chrétien.

Amen

 

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